L’accès contrôlé aux soins devrait mettre fin à la souffrance, pas l’excuser.
La politique d'accueil des animaux repose sur une vérité simple : chaque animal est un individu.
Ces derniers mois, les médias sociaux ont été le théâtre de nombreux débats concernant l'accueil contrôlé des animaux. Trop souvent, la conversation se transforme en une lutte entre deux extrêmes : accueillir tous les animaux immédiatement, quelles que soient les circonstances, ou les refuser au nom de la capacité d'accueil. Ces deux approches sont erronées.
Adopter une politique uniforme, dans un sens comme dans l'autre, est une mauvaise décision. Depuis la création de cette fondation, je suis convaincu qu'il n'existe pas de politique unique qui puisse s'appliquer à tous les animaux, tous les animaux de compagnie ou toutes les familles. Ce qui est bon pour un chien ne l'est pas nécessairement pour un autre. Ce qui sauve un chat ne protège pas nécessairement le suivant. La seule règle assez générale pour nous guider est la suivante : examiner chaque animal individuellement, chaque situation et les options réellement disponibles à ce moment-là.
Le problème n'est pas la gestion des apports, mais leur mauvaise utilisation.
La gestion des admissions peut sauver des vies. Bien menée, elle permet aux refuges de planifier, d'orienter les animaux vers les parcours adaptés, d'accompagner les familles avant l'abandon et de prévenir la surpopulation, source de stress, de maladies, de dégradation du comportement et d'euthanasie. Elle devrait aider les refuges à gérer l'admission et l'avenir de chaque animal qui leur est présenté.
Mais la gestion des admissions ne doit jamais servir de prétexte pour refuser catégoriquement. Il ne faut jamais dire à une personne de bonne volonté : « Ramenez le chien là où vous l’avez trouvé », lorsque ce dernier est en danger. Il ne faut jamais laisser des animaux souffrir dans la rue sous prétexte qu'une politique semble séduisante sur papier.
Je constate chaque semaine les conséquences de ces actes en Louisiane et ailleurs au pays : des chiens renversés par des voitures, blessés lors de bagarres, abattus, affamés, couverts de parasites ou errant sans aucun refuge. Ces animaux ne sont pas des figures théoriques. Ce sont des êtres vivants en détresse. Une stratégie d'accueil qui ignore leur souffrance est inhumaine.
Le soutien communautaire doit être du soutien, pas de la coercition.
Certains refuges collaborent avec des membres de la communauté pour accommoder temporairement les animaux trouvés. Cette solution peut s'avérer idéale, surtout si l'animal a été trouvé près du domicile de la personne qui l'a trouvé. Un chien ou un chat a beaucoup plus de chances de retrouver son propriétaire lorsque les voisins sont impliqués, que des affiches sont placardées à proximité et que la personne qui l'a trouvé participe activement aux recherches.
Demander de l'aide est très différent d'imposer une responsabilité à quelqu'un qui ne peut pas l'assumer en toute sécurité. La personne qui trouve un animal peut avoir des enfants, d'autres animaux de compagnie, des restrictions de logement, des difficultés financières, des obligations professionnelles, des problèmes de transport ou la peur de manipuler un animal inconnu. Si une personne ne peut pas garder un animal, un système qui la force à le faire n'est pas un soutien communautaire. C'est dangereux.
Lorsque l'animal est plus en sécurité au refuge, celui-ci devrait l'accueillir. Si, avec un véritable soutien, il peut rester en toute sécurité au sein de la communauté, cela peut constituer une solution pertinente. La décision doit être basée sur la sécurité de l'animal, les capacités de la personne et les ressources disponibles, et non sur une règle stricte.
Les chats ont aussi besoin de passages.
Les programmes de capture, stérilisation et libération fonctionnent. Un chat errant en bonne santé, stérilisé, vacciné, relâché dans un endroit familier et suivi par un soigneur, a de bien meilleures chances de survie que s'il était détenu dans un refuge, un environnement source de stress extrême.
Refuser d'accueillir des chats sans proposer de solution communautaire n'est pas responsable. De même, euthanasier des chats considérés comme « sauvages » parce qu'un refuge manque de programmes n'est pas une solution. Gérer l'accueil implique de mettre en place des dispositifs : stérilisation et relâche, accompagnement au retour à la maison, ressources pour les personnes s'occupant de chats, accès aux soins vétérinaires, familles d'accueil et prise de décisions humaines pour les chats malades, blessés, en danger ou véritablement incapables de rester où ils se trouvent.
Les animaux de compagnie ne sont pas des numéros.
Les animaux de compagnie ne sont pas des statistiques. Chacun a son propre parcours. Les refuges pour animaux doivent évaluer chaque situation particulière et choisir la solution qui garantit le mieux le bien-être de l'animal.
Ce parcours peut passer par l'accueil en refuge, le placement en famille d'accueil, le retour à son propriétaire, la stérilisation et la castration, ou encore des soins vétérinaires, un soutien comportemental, une aide alimentaire, ou un accompagnement pour permettre à une famille de garder son animal. Et parfois, de façon déchirante, il peut s'agir d'une euthanasie pratiquée lorsque la souffrance ne peut être soulagée et qu'aucune autre solution sûre et humaine n'est envisageable.
Ce qui ne devrait jamais être une décision prise uniquement parce qu'une politique le stipule.
Prévenir la souffrance doit être la norme
Des animaux sont encore euthanasiés par manque de place. C'est déchirant pour eux et pour le personnel des refuges qui s'en occupe. Le personnel des refuges porte souvent un fardeau émotionnel insoutenable, tout en étant critiqué de toutes parts par des personnes qui ignorent tout de la situation des animaux, des capacités d'accueil des structures, des réalités médicales, des risques comportementaux et des solutions réellement possibles.
Nous pouvons et devons poursuivre la lutte pour réduire l'euthanasie. Nous pouvons et devons bâtir de meilleurs systèmes, des réseaux de familles d'accueil plus solides, des soins vétérinaires accessibles, des programmes de stérilisation et de relâcher efficaces, des services de maintien des animaux de compagnie et des partenariats communautaires. Mais la souffrance n'est pas une alternative à l'euthanasie humaine.
Je le répète : condamner un animal à souffrir seul dans la rue ou à vivre indéfiniment dans une cage sans perspective d'avenir n'est pas une solution humaine. Ça peut embellir les statistiques, mais ça ne sert en rien au bien-être de l'animal.
On a besoin de meilleures questions
Au lieu de se demander si l'admission contrôlée est bonne ou mauvaise, on devrait se poser de meilleures questions :
- Cet animal est-il en sécurité présentement ?
- Existe-t-il une solution communautaire réaliste qui protège à la fois l'animal et la personne ?
- La personne qui a trouvé l'objet ou le propriétaire a-t-elle la capacité et les ressources nécessaires pour aider ?
- Le refuge est-il l'endroit le plus sécuritaire pour cet animal aujourd'hui ?
- Quelle voie offre à cet animal les meilleures chances d'une fin de vie digne ?
- Cherchons-nous à prévenir la souffrance, ou simplement à la cacher ?
Ces questions demandent de la nuance. Elles demandent du courage. Elles exigent que les refuges, les associations de sauvetage, les défenseurs des animaux, les agences gouvernementales, les vétérinaires, les familles d'accueil, les donateurs et les membres de la communauté travaillent ensemble au lieu de s'attaquer les uns les autres derrière un écran.
L'objectif n'est pas la quantité ingérée. L'objectif est d'obtenir des résultats humains.
L'admission supervisée doit viser à assurer les soins, et non à les refuser. Il s'agit de créer un espace propice à des décisions réfléchies, et non de se cacher derrière une porte close. Elle doit permettre aux animaux d'obtenir ce dont ils ont besoin, au moment où ils en ont besoin, par le biais du processus le plus sûr et le plus humain possible.
Nous luttons tous pour la même chose : que chaque animal de compagnie soit en sécurité, aimé et ait un foyer. Il nous arrivera d’avoir des divergences sur la façon d’y parvenir. Mais on ne doit jamais perdre de vue les animaux eux-mêmes. Ce ne sont pas des enjeux politiques, ni des sujets de conversation sur les médias sociaux. Ce sont des êtres vivants qui comptent sur nous pour prendre les bonnes décisions dans les moments les plus difficiles.
Notre responsabilité n'est pas de défendre une politique à tout prix. Notre responsabilité est de prévenir les souffrances. On leur doit ça au moins.
Jusqu’à ce que chaque animal ait un foyer,
